Récital pour un Charango

Il était une fois, une vihuela* qui eut envie de voyager de par les océans.

Partie d'Europe, elle traversa l'Atlantique, mais sur les nouvelles terres des tawantinsuyus*, elle fut bien seule à son arrivée, car nul ne connaissait les instruments à cordes.

 

Des flûtes et encore des flûtes, des tambours et autres percussions mais pas de cordophones sur les hauts plateaux andins. Elle était bien belle notre vihuela, avec ses hanches bien galbées, sa taille un rien cintrée à souhait et sa douce voix articulée sur ses 10 cordes vocales.

Elle en inspira plus d'un, et il ne fallu guère de temps pour que naissent autour d'elle des petites copines, certes pas tout à fait identiques, mais l'idée et le principe de fonctionnement était respecté.
Sur ces hautes terres, du côté de Potosi, chacun laissa faire son talent d'adaptation et de création ; ainsi naquirent le jalisco, la khonkota, le talachi, et toutes sortes et variétés de charangos.

 

Aujourd'hui, notre vihuela, elle aussi à bien changé, on l'appelle guitare, elle est très populaire, parfois elle se branche même sur le courant électrique et notre charanguito se retrouve sur les grandes scènes, à donner des concerts.
 

Deux musiciens ont eu l'envie de réunir tout ce beau monde, et de faire se côtoyer des instruments, qui de par leur existence représentent leur propre histoire et leur évolution à travers les temps.
La guitare et le charango " classique "des villes ont l'occasion, lors de ce concert, de rencontrer leurs homologues des champs, et à chacun de s'apprécier mutuellement, dans une ambiance d'allégresse et de convivialité.

*Vihuela : Cordophone de taille variable, généralement à 5 choeurs de cordes, utilisé en Espagne à l'époque renaissance et baroque, qui fut à l'origine de la guitare classique actuelle en Europe et du charango en Bolivie .

*Tawantinsuyus: Pays aux quatre directions, qui défini ainsi l’étendue de l’empire Incas (sud Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, nord Argentin et nord Chilien).

Le récital se compose de trois parties distinctes

 

LA FRESQUE HISTORIQUE
Cette plage musicale qui dure environ vingt minutes, permet au public d'écouter tout d'abord un duo de vihuelas *, dans un répertoire (qui s'étend du 15 è au 18éme siècle ) de musiques baroques en Espagne, au Pérou (Trujillo), en passant par les missions jésuites en Bolivie ( San Rafael de Chiquitos ) et une Jota du compositeur Santiago de Murcia. Puis la vihuela se voit entrer en dialogue avec la guitare, sa première descendance en Europe. Ensuite, pour terminer cette première partie, la guitare côtoie le brillant petit fils de cette même vihuela Espagnole, le charango, qui s’est développé sur les hauts plateaux, nous offrant des mélodies et des saveurs typiquement Andines.


L ' ACUARELA EN CHARANGO
Nous sommes ici dans le vif du sujet. Le charango possède un répertoire très vaste, et, en Bolivie, de nombreux musiciens ont mis en valeur l'étonnant potentiel musical de cet attachant petit cordophone. Hommage est donc rendu, au cours de cette palette musicale, au charango dit "natural" et à quelques maîtres, compositeurs et interprètes des plus fameux (E. Cavour, A. Camara, V. rojas, J Rocabado ).


MÉMOIRE ET TRADITIONS
Au début de cette troisième partie, nous irons dans le monde rural avec les kjalampeaditas du charango diablo Potosino et ses accordages différents, tels que le temple pascua et kimsa cruz. Puis vient le charango typiquement Chuquisaqueño (Sucre) qui nous berce au son des ses cordes en acier et nylon. Ce concert se termine en compagnie du charango médiano qui distillera deux mélodies du Paraguay et enfin de l'oriente Boliviano.